Google perd une manche contre SerpApi : impact sur les outils SEO
La justice rejette les demandes DMCA de Google contre SerpApi. Analyse des conséquences pour le rank tracking, le scraping des SERP et les données SEO.
Google perd une manche contre SerpApi : ce que cela change pour les outils SEO
Un juge fédéral américain vient de rejeter les deux demandes de Google fondées sur le DMCA contre SerpApi. Pour les référenceurs, ce dossier n’est pas une querelle juridique lointaine. Il touche directement les rank trackers, les outils de veille SERP et une partie des données concurrentielles utilisées chaque matin.
La décision est nette sur un point : contourner une protection technique pour accéder à des résultats de recherche publics ne constitue pas automatiquement un contournement du droit d’auteur. Encore faut-il que le dispositif protège réellement une œuvre couverte par le copyright.
Ce que Google reprochait à SerpApi
Google a poursuivi SerpApi en décembre 2025. L’entreprise accusait le fournisseur de données de contourner SearchGuard, son système anti-scraping, afin de collecter puis revendre les résultats du moteur.
SerpApi ne fournit pas seulement dix liens bleus. Son API alimente des logiciels de suivi de positions, des tableaux de bord, des études concurrentielles et des applications qui ont besoin de résultats localisés. C’est précisément ce modèle que Google cherchait à attaquer via les règles anti-contournement du DMCA.
La juge Yvonne Gonzalez Rogers a rejeté les deux demandes. Son raisonnement distingue cependant deux cas.
Pour les pages de résultats sans contenu protégé, pas d’œuvre protégée, donc pas de verrou juridique à contourner au sens du DMCA. Cette partie est rejetée sans possibilité de modification. Google ne pourra pas simplement reformuler le même argument.
Pour les SERP contenant des éléments sous licence, par exemple certaines images de Knowledge Panels, le dossier est moins fermé. Google n’a pas démontré que SearchGuard était appliqué avec l’autorisation des titulaires des droits. La plainte peut être amendée sur ce point. Google dispose de 21 jours pour le faire.
Ce jugement ne légalise pas tout le scraping
Il faut éviter l’interprétation paresseuse : « le scraping est désormais légal ». Non.
Le jugement porte sur des demandes précises, dans une juridiction précise, avec le DMCA comme fondement. Il ne neutralise ni les conditions générales d’utilisation, ni le droit des bases de données en Europe, ni les règles contractuelles, ni les questions de charge serveur. Il ne protège pas davantage la copie d’images, de textes ou d’autres contenus soumis au droit d’auteur.
Il réduit toutefois une menace importante. Google ne peut pas transformer n’importe quelle barrière anti-bot en protection copyright lorsque la donnée derrière cette barrière est publique et non protégée.
C’est une nuance juridique. Pour l’industrie SEO, c’est une nuance à plusieurs millions de dollars.
Pourquoi les référenceurs sont concernés
Le suivi de positions repose encore largement sur la collecte automatisée des SERP. Les fournisseurs masquent cette plomberie derrière une interface propre, mais les données viennent bien de requêtes répétées, localisées, exécutées depuis différents appareils.
Sans cette collecte, trois fonctions deviennent moins fiables :
- le suivi quotidien des positions hors Search Console ;
- l’analyse des concurrents sur des requêtes que vous ne possédez pas ;
- la détection rapide des changements de mise en page et des fonctionnalités SERP.
Search Console reste la source la plus proche de Google pour votre propre site. Elle ne donne pourtant pas la photographie complète d’une SERP, les positions de tous les concurrents ou un historique reproductible à la demande.
La décision protège donc indirectement un contre-pouvoir de mesure. Google produit les résultats, contrôle l’accès et pourrait préférer être le seul à définir les chiffres. Ce n’est pas sain pour un marché où des milliards sont investis sur la base de cette visibilité.
Mon avis : bonne décision, mauvais prétexte pour relâcher les contrôles
Je considère ce rejet comme une bonne nouvelle. Un résultat public ne devrait pas devenir une propriété exclusive simplement parce qu’un système anti-robot en limite l’accès.
Mais un consultant sérieux doit conserver trois contrôles. D’abord, croiser les positions d’un outil tiers avec Search Console. Ensuite, vérifier les écarts par pays, appareil et type de SERP. Enfin, ne jamais présenter un classement comme une vérité absolue. La personnalisation, la géolocalisation et les tests permanents de Google créent des variations réelles.
Cette affaire n’est pas terminée. Google peut encore amender une partie de sa plainte, et SerpApi affronte aussi Reddit dans un autre dossier DMCA. La direction est néanmoins claire : l’accès automatisé à une information publique ne devient pas une violation du copyright par simple ajout d’un verrou technique.
Pour le SEO, cela maintient l’accès à des données indépendantes. Et sans données indépendantes, l’audit devient vite un acte de foi.